Les états physiologiques
Le principe
Plutôt que de résumer une sortie par ses valeurs moyennes, la plateforme la découpe en segments continus, chacun correspondant à un état physiologique distinct. Une sortie de deux heures peut ainsi révéler quarante minutes d'endurance, une montée en intensité soutenue, un retour en récupération — avec les durées et l'enchaînement exacts.
Quatre états sont reconnus :
Récupération — effort bas et très régulier. Le signal est calme, l'organisme tourne au ralenti. Typiquement : retour de sortie, sortie active entre deux jours chargés, portion de descente pédalée légèrement.
Endurance — effort modéré, soutenu mais avec les variations naturelles du terrain et du parcours. C'est l'état majoritaire de la plupart des sorties longues.
Intensité — effort élevé et régulier. Seuil, col, tempo soutenu : l'effort est dur mais stable dans le temps. La continuité est ce qui distingue cet état du travail en intervalles.
Intervalle — alternance structurée d'efforts et de récupérations. La signature est une succession de blocs d'effort séparés par des périodes de relâche, avec un contraste marqué entre les deux.
Le signal utilisé
La classification s'appuie sur le signal physiologique le plus fiable disponible dans les données du ride. La priorité est fixe : puissance en premier, fréquence cardiaque en second, vitesse en dernier recours.
Ce n'est pas arbitraire. La puissance reflète l'effort instantané sans délai. La fréquence cardiaque est fiable mais réagit avec un décalage de 15 à 30 secondes ; certaines caractéristiques (notamment la régularité du signal) sont adaptées en conséquence. La vitesse, enfin, dépend du terrain autant que de l'effort — la méthode l'utilise mais avec des précautions spécifiques aux descentes et aux arrêts.
Comment un segment est construit
L'analyse progresse par fenêtres glissantes de 30 secondes, décalées toutes les 10 secondes sur l'ensemble de la sortie. Trente secondes, c'est une durée physiologiquement significative : suffisamment courte pour détecter des changements d'état réels, suffisamment longue pour ne pas être perturbée par un coup de frein ou un changement de braquet.
Chaque fenêtre est décrite par cinq caractéristiques :
L'intensité relative mesure l'effort moyen de la fenêtre rapporté au maximum de l'athlète. Avec la puissance, c'est la fraction de la puissance maximale aérobie. Avec la fréquence cardiaque, une formule équivalente (Karvonen) aligne l'échelle sur celle de la puissance. Avec la vitesse, la pente du terrain est prise en compte.
La régularité décrit à quel point l'effort était constant. Un effort parfaitement stable donne une régularité maximale ; un signal qui saute dans tous les sens donne une régularité proche de zéro. C'est le discriminant principal entre intensité soutenue et travail en intervalles.
Le taux de relances compte combien de fois par minute le signal a effectué des variations brusques et consécutives — la signature cinétique d'un effort en répétitions.
La densité haute est la fraction du temps passé nettement au-dessus de la moyenne de la fenêtre. Elle est élevée dans les intervalles (pics répétés) et basse dans un effort soutenu uniforme.
L'entropie mesure la diversité des niveaux d'effort dans la fenêtre. Un effort mono-niveau (endurance stable) a une entropie basse. Un effort varié avec plusieurs niveaux distincts a une entropie plus élevée.
Ces cinq caractéristiques sont comparées simultanément au profil typique de chacun des quatre états. L'état dont le profil correspond le mieux est retenu, avec un indice de confiance qui reflète la clarté de la classification.
Du signal brut au segment final
La classification fenêtre par fenêtre produit une séquence brute qui peut être localement bruitée. Trois étapes de nettoyage suivent.
Un lissage par vote majoritaire sur cinq fenêtres consécutives élimine les basculements isolés d'une fenêtre sur deux : si quatre fenêtres sur cinq disent « endurance », la cinquième qui dit « intensité » est corrigée.
Les segments très courts (moins de deux minutes) sont absorbés par leurs voisins. Un flash d'intensité de 45 secondes au milieu d'une longue portion d'endurance est traité comme une transition, pas comme un état à part entière.
Enfin, une re-classification par les caractéristiques moyennes du segment final corrige les artefacts d'absorption : si un segment a été étiqueté « intensité » parce qu'il a absorbé des voisins intenses, mais que ses caractéristiques moyennes correspondent davantage à l'endurance, il est re-labellisé.
La détection des intervalles
Les intervalles sont un cas particulier. Leur signature — alternance d'intensité et de récupération — n'est visible qu'à une échelle plus large que la fenêtre de 30 secondes.
Avec un capteur de puissance, la détection opère déjà au niveau des fenêtres (les caractéristiques de régularité et de densité haute sont fiables instantanément). Avec seulement la fréquence cardiaque, une étape supplémentaire regroupe les enchaînements d'états intensité/récupération : si au moins trois blocs d'effort se succèdent avec un contraste suffisant entre les niveaux d'effort et de récupération, l'ensemble est étiqueté comme une séquence d'intervalles.
Ce que la distribution finale indique
À l'issue de la segmentation, chaque sortie est décrite par la fraction de temps passée dans chacun des quatre états. Une sortie à 80 % endurance / 15 % intensité / 5 % récupération est une sortie longue avec un bloc de travail soutenu. Une sortie à 40 % intervalle / 30 % récupération / 20 % endurance est clairement une séance structurée.
Cette distribution est l'une des deux entrées du score de cohérence, décrit dans le chapitre suivant.
La synthèse narrative
À partir de l'ensemble des résultats de l'analyse — distribution des états, enchaînement temporel, caractéristiques de l'effort, score de cohérence — la plateforme génère automatiquement une description en langage naturel de la sortie, en une à trois phrases.
Cette synthèse fonctionne en plusieurs couches successives. Elle commence par identifier l'identité principale de la sortie : endurance longue, séance de seuil, travail en intervalles, récupération active. Elle y ajoute ensuite des nuances issues des caractéristiques de l'effort : une endurance très régulière, une séance d'intervalles avec des répétitions irrégulières, une intensité soutenue mais à la limite du contrôle. La troisième couche intègre la structure temporelle — une montée progressive vers l'intensité en fin de sortie, un départ trop fort suivi d'un relâchement. Enfin, si un décalage notable est détecté entre la structure observée et les objectifs courants de l'athlète, il peut être signalé explicitement.
Le résultat est affiché directement sur la fiche de chaque sortie, et repris sur la page de comparaison. Il ne remplace pas l'analyse détaillée — il en est la lecture rapide, celle qu'on lit en premier avant de creuser les graphiques.